Les (très) Très Riches Heures du duc de Berry

Le livre d’heures du duc de Berry témoigne de la richesse de notre patrimoine mobilier religieux. Découvrez ce manuscrit extra-ordinaire.

Voilà une œuvre d’art qui n’a usé et usurpé aucun de ses qualificatifs : la « Joconde des manuscrits » pour l’un, la « Sixtine de l’enluminure » pour l’autre, la « cathédrale des livres » pour un troisième… Christopher de Hamel, historien et bibliothécaire britannique des plus renommés, déclare même à son sujet qu’il est « plus facile de rencontrer le pape ou le président des Etats-Unis que de toucher… Les Très Riches Heures du duc de Berry » ! Car c’est bien de cet ouvrage dont il s’agit. Ce fut donc un grand privilège que de pouvoir non pas toucher mais approcher le fameux manuscrit il y a quelques jours, lors d’une présentation rarissime. Joyau des collections du musée Condé au Château de Chantilly (Oise), Les Très Riches Heures font en effet l’objet d’analyses approfondies, en raison de leur fragilisation au fil du temps, et dans l’optique de leur présentation au grand public à l’été 2025.

Si l’état général de ce totem de l’histoire de l’art est reconnu comme « bon » par Mathieu Deldicque, le directeur du musée Condé, le conservateur admet toutefois des faiblesses qui requièrent l’intervention du Centre de recherche et de restauration des musées de France, basé au Louvre, qui s’attachera à dé-relier les premiers cahiers en vue de les restaurer. L’histoire de ce bréviaire laïc imagé le vaut bien, lui qui est entré dans les collections de l’Institut de France par le leg du duc d’Aumale à la fin du XIXe s., après que ce dernier l’acquit en janvier 1858 sous le titre de « wonderful book ».

Jamais sorti de Chantilly depuis, selon les conditions imposées par le légataire, et uniquement exposé à deux reprises, en 1956 et 2004, ce livre présenté par Umberto Eco comme le « meilleur film documentaire sur le Moyen-âge » irrigue l’imaginaire collectif. Ne dit-on pas en effet que Walt Disney s’en serait inspiré pour ses productions, après une visite à Chantilly en 1935 ? Ses premières peintures datent de 1411-1416. On parle bien ici de peintures car jusqu’à une période très récente la peinture se trouvait en France dans les livres et non pas sur les chevalets, comme en Italie. Parmi les différents ouvrages que le duc de Berry avait commandés – les Petites Heures, les Très Belles Heures, les Très Belles Heures de Notre-Dame de Paris ou encore les Belles Heures du duc de Berry – celui-ci occupe une place singulière avec ses 131 peintures/enluminures dont 66 en pleine page, qui, tel un musée en lui-même, évoquent des scènes emblématiques de la vie princière tout autant que les travaux des champs au rythme immuable des saisons.


Toutes les sciences du XXIe s. au service du XVe

Sa restauration s’impose désormais, notamment pour stopper les dégradations que causent les tensions de la reliure – qui date du XVIIe s. -, mais aussi les coutures qui se rompent ainsi que les écaillements et les manques de la couche picturale. Ce travail fin et précieux, opéré par les plus grands spécialistes français, permettra de retrouver rapidement ce trésor mythique. Une exposition à l’envergure internationale est d’ores et déjà annoncée pour juin 2025, qui offrira l’ensemble du calendrier des Très Riches Heures détaché avant sa re-reliure.

Mais d’ici-là, que les bibliophiles excellents et les amateurs de patrimoine religieux d’exception se rassurent : le manuscrit reste consultable sur internet car, pour lutter contre une légende aussi tenace qu’infondée, il faut savoir que l’ouvrage est parfaitement consultable… depuis qu’il a été numérisé ! Les Très Riches Heures du duc de Berry ou quand la technologie du XXIe s. sert l’inspiration du XVe s….

Gautier Mornas


Pour en savoir plus :

Consulter la version en ligne du manuscrit


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